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Plan d'action pour la sécurité dans les transports publics

Un équilibre délicat entre protection et droits fondamentaux

Un Taser dans le wagon, une caméra en temps réel, un corps de police privé : le nouveau plan d'action visant à renforcer la sécurité dans les transports publics promet une meilleure protection. Mais il soulève en même temps la question de savoir jusqu'où nous sommes prêts à accepter que nos libertés soient restreintes pour y parvenir, estime notre auteur Michael Gehrken.
Zwischen wirksamem Personenschutz und dem Schutz der Grundrechte: Warum beim Aktionsplan Sicherheit im öV nicht das Ob, sondern die richtige Normstufe und die Verhältnismässigkeit jedes einzelnen Mittels über die Balance entscheiden.
© ChatGPT
L'ESSENTIEL EN BREF
• 3 600 agressions par an contre le personnel ferroviaire – pas plus fréquentes, mais plus violentes.
• Les caméras corporelles offrent une protection ciblée ; les Tasers et les caméras en temps réel ont un impact plus profond.
• En suspens : le niveau réglementaire approprié et les limites d’un corps de police privé.

La sit­u­a­tion de départ par­le d’elle-même. Rien qu’aux CFF, selon leurs pro­pres chiffres, le per­son­nel de bord est vic­time d’agressions env­i­ron dix fois par jour, soit env­i­ron 3 600 cas par an. Ce qui frappe dans ces agres­sions, ce n’est pas tant leur nom­bre, qui reste sta­ble au fil des ans, que leur nature : leur fréquence stagne, mais les agres­sions devi­en­nent plus bru­tales. Cela jus­ti­fie la prise de mesures. Les respon­s­ables poli­tiques et les autorités ont désor­mais réa­gi.

Les caméras corporelles : un outil qui a déjà trouvé son équilibre

Depuis l’introduction des caméras cor­porelles en sep­tem­bre 2024, la police des trans­ports mon­tre com­ment une pro­tec­tion ciblée peut se con­cré­tis­er. Selon les CFF, après un an, les agres­sions con­tre ses agents avaient dimin­ué d’environ 11 % par rap­port à aupar­a­vant.

La manière dont ce matériel est util­isé est par­ti­c­ulière­ment révéla­trice : sur 331 acti­va­tions au cours du pre­mier semes­tre, 224 ont été rapi­de­ment inter­rompues, car la sit­u­a­tion s’est sou­vent apaisée d’elle-même après la mise en marche ; seules 15 enreg­istrements ont été trans­mis aux autorités pénales. On n’enregistre donc que ce qui est néces­saire – et on efface dès que l’objectif est atteint.

Un moyen mod­éré, effi­cace et stricte­ment lim­ité. Il con­stitue un bon point de référence pour toute autre mesure.

Taser : la question n’est pas de savoir si, mais à quel niveau la réglementation s’applique

La police des trans­ports est aujourd’hui autorisée à utilis­er des menottes, des sprays irri­tants, des chiens de ser­vice, des matraques et des bâtons de défense, ain­si que des armes à feu. En revanche, elle n’est pas encore autorisée à utilis­er des appareils à décharge élec­trique (« Taser »). Cette exclu­sion n’est pas prévue dans la loi elle-même, mais dans l’ordonnance cor­re­spon­dante (VST). Il s’agit là de bien plus qu’une sim­ple for­mal­ité : le Con­seil fédéral peut adapter l’ordonnance sans pass­er par la voie d’une nou­velle loi. C’est pré­cisé­ment ce qu’il a annon­cé après l’adoption par le Par­lement de la motion Buf­fat (23.4291).

La ques­tion fon­da­men­tale se pose donc désor­mais autrement. Un Taser porte atteinte à l’intégrité physique. Et lorsqu’un moyen d’intervention a un impact aus­si pro­fond, on peut légitime­ment se deman­der si les points décisifs – quand peut-il être util­isé, con­tre qui, dans quelles lim­ites – ne devraient pas fig­ur­er dans la loi plutôt que dans une ordon­nance.

Les deux points de vue sont défend­ables. Plus l’instrument est rad­i­cal, plus il y a de raisons de ne pas laiss­er l’administration fix­er seule les lignes direc­tri­ces.

Les armes à électrochocs restent controversées

Les forces de police can­tonales utilisent le Taser depuis 2008 ; son util­i­sa­tion a aug­men­té, tan­dis que celle des armes à feu a dimin­ué. Les par­ti­sans y voient une alter­na­tive moins vio­lente au pis­to­let, notam­ment dans l’espace con­finé d’un wag­on de train. Amnesty Inter­na­tion­al con­teste cette vision : plus l’appareil est répan­du, plus le seuil d’inhibition est bas – et plus le risque de blessures graves, voire de décès, est élevé ; de telles armes devraient être réservées à des unités spé­cial­isées, et non à un usage quo­ti­di­en. Le Con­seil fédéral souhaite exam­in­er, avant toute déci­sion, si et dans quelles cir­con­stances l’utilisation d’un Taser par la police des trans­ports est réelle­ment jus­ti­fiée.

Cet exa­m­en doit être pris au sérieux.

Le point délicat : des mains privées, un pouvoir souverain

La police des trans­ports n’est pas une autorité publique. Elle appar­tient aux CFF et exerce néan­moins un pou­voir de con­trainte sou­verain. Cela est garan­ti juridique­ment : la loi fédérale cor­re­spon­dante autorise expressé­ment cette délé­ga­tion. Mais plus l’arsenal de moyens s’étoffe – de la caméra cor­porelle au Taser en pas­sant par la caméra en temps réel –, plus le fait que la con­trainte et la sur­veil­lance soient exer­cées par un organ­isme privé prend de l’importance. Cela exige des lim­ites claires, une affec­ta­tion pré­cise des moyens et une sur­veil­lance vig­i­lante de la part de l’Office fédéral des trans­ports (OFT).

Quiconque agit au nom de l’État devrait être soumis aux mêmes con­traintes strictes que l’État lui-même.

Vidéosurveillance : l’atteinte la plus sensible

C’est la vidéo­sur­veil­lance en temps réel prévue dans les véhicules qui va le plus loin. Elle touche directe­ment à la vie privée et relève de la nou­velle loi sur la pro­tec­tion des don­nées. Il existe déjà une ordon­nance spé­ci­fique sur la vidéo­sur­veil­lance pour les trans­ports publics, qui devrait être adap­tée.

Ici aus­si, l’ancienne tri­ade reste déter­mi­nante : une base juridique claire, un véri­ta­ble intérêt pub­lic et le moyen le moins intrusif pos­si­ble – com­plétée par une lim­i­ta­tion stricte de la final­ité et des délais de sup­pres­sion clairs.

Il est impor­tant de faire la dis­tinc­tion suiv­ante : l’accès en direct à l’image d’une caméra est dif­férent de l’analyse a pos­te­ri­ori d’un enreg­istrement. Il faut définir claire­ment où se situe exacte­ment ce seuil.

Les discussions ont commencé – les délibérations doivent suivre

Cette semaine (le 8 juil­let 2026), à Berne, à l’invitation de l’Office fédéral des trans­ports, la Con­fédéra­tion, les can­tons, les entre­pris­es de trans­port et la police des trans­ports se sont réu­nis et ont lancé un plan d’action nation­al. Dans un pre­mier temps, il s’agit de dress­er un état des lieux. Il est prévu d’améliorer la coor­di­na­tion des inter­ven­tions poli­cières au-delà des fron­tières can­tonales, d’organiser des for­ma­tions à la dés­escalade et de révis­er les régle­men­ta­tions rel­a­tives aux caméras cor­porelles, aux Tasers et à la vidéo­sur­veil­lance en temps réel.

La Con­fédéra­tion répond ain­si aux man­dats issus des motions Buf­fat et March­esi. La néces­sité d’agir est recon­nue, mais pas les moyens. Pour chaque instru­ment, il reste à déter­min­er s’il est effi­cace, s’il est néces­saire et s’il reste raisonnable – et à quel niveau il doit être ancré.

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